Umberto Eco (1932 – 2016)

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Umberto Eco

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Alessandro Manzoni, Les fiancés

Alessandro Manzoni – La peste à Milan

Frédéric était pour ces ecclésiastiques un exemple. Après avoir vu périr autour de lui presque tous ses serviteurs, sollicité par sa famille, par les premiers magistrats, par des princes voisins, de se mettre à l’abri dans quelque campagne, il repoussa les instances avec un courage égal à celui qui lui faisait écrire aux curés de son diocèse: «Soyez prêts sans cesse à abandonner cette vie mortelle plutôt que ces infortunés qui sont nos enfants et notre famille ; allez avec amour au-devant des dangers, comme à une autre vie, comme à une récompense, puisqu’en les bravant vous pouvez conquérir une âme au royaume du Christ.» Il ne négligea aucune des précautions compatibles avec ses devoirs; il donna même à ce sujet des instructions et des règles à son clergé; mais il ne s’inquiéta ni-ne parut s’apercevoir du péril partout où il fallait le braver, pour répandre des bienfaits ou procurer des secours. Il visitait les lazarets pour consoler lès malades et encourager ceux qui les assistaient; il parcourait la ville, portant des secours aux malheureux séquestrés dans leurs maisons, s’arrêtant aux portes, sous les fenêtres, pour entendre leurs plaintes, et leur donner en échange des paroles de consolation et d’encouragement. En un mot, il se précipita et vécut au milieu de l’épidémie, étonné lui-même, lorsqu’elle eut suspendu ses terribles ravages, de n’en avoir pas été frappé.

Alessandro Manzoni – Les Fiancés Chapitre XXXII. Trad Auguste de Tillemont (1856)

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